Point de vue · 30 septembre 2026 · Par Ousmane Meriga

Le Cameroun a tout d'une destination de rêve, sauf le mode d'emploi

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Le Cameroun a tout d'une destination de rêve, sauf le mode d'emploi

Le Cameroun aime se présenter comme « l'Afrique en miniature ». Plages de Kribi et de Limbé, forêts équatoriales de Lobéké et de Campo Ma'an, savanes de l'Adamaoua, montagnes de l'Ouest, richesse culturelle des zones Fang-Béti, Grassland et soudano-sahélienne : peu de pays sur le continent peuvent aligner une telle diversité sur un territoire aussi resserré.

Et pourtant, quand on regarde les chiffres, quelque chose ne colle pas. Selon l'Organisation mondiale du tourisme, le secteur ne représentait qu'environ 5 % du PIB national en 2022 — une contribution jugée faible par la plupart des analystes du secteur au regard du potentiel du pays. D'autres études universitaires, plus sévères, évoquent une contribution historiquement proche de 1 %.

Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses. Mais en travaillant chaque jour sur la manière dont les voyageurs camerounais et étrangers découvrent, réservent et vivent une expérience touristique locale, un constat s'impose : le problème n'est pas le potentiel. C'est la structuration.

Un secteur qui a (enfin) l'attention qu'il mérite

Il faut le reconnaître : les choses bougent. En mars 2026, le gouvernement a lancé l'exécution d'un budget touristique de plus de 10 milliards de FCFA, avec une part significative dédiée à la promotion du tourisme intérieur. Le Ministère du Tourisme et des Loisirs (MINTOUL) a également engagé une réflexion assumée sur le numérique, avec pour thème de la Journée Mondiale du Tourisme 2026 : « Agenda numérique et intelligence artificielle pour repenser le tourisme ».

C'est un bon signal. Le secteur public reconnaît enfin publiquement ce que les acteurs de terrain répètent depuis longtemps : sans digitalisation, pas de compétitivité touristique. Le problème, c'est que reconnaître un manque et le combler sont deux choses très différentes — et c'est précisément dans cet écart que se joue l'avenir du secteur.

Le vrai manquement : l'expérience du voyageur, avant, pendant et après

Prenons un exemple concret. Le Parc National de Lobéké, dans l'Est du pays, abrite l'une des plus fortes densités d'éléphants de forêt d'Afrique, des gorilles des plaines occidentales, des chimpanzés, plus de 300 espèces d'oiseaux, et des clairières naturelles uniques où l'on observe la faune depuis des miradors en bois. Un site classé, reconnu internationalement, intégré au Trinational de la Sangha.

Combien de Camerounais savent comment s'y rendre, ce que ça coûte, où dormir sur place, ou même que ce parc existe ? La question n'est pas rhétorique — elle illustre un problème structurel :

- Pas d'information centralisée: Les données touristiques fiables restent rares, dispersées entre sites institutionnels, blogs, et pages Facebook qui ne sont pas toujours à jour.
- Pas de réservation en ligne simple: Beaucoup d'acteurs (hébergements, guides, activités) fonctionnent encore uniquement par bouche-à-oreille ou appel téléphonique direct.
- Pas de parcours numérique fluide: Un touriste étranger habitué à comparer, réserver et payer en trois clics se retrouve, au Cameroun, à devoir négocier chaque étape manuellement.
- Une visibilité en ligne inégale: Certains sites majeurs n'ont ni présence structurée sur les moteurs de recherche, ni contenu optimisé, ni stratégie sur les réseaux sociaux à la hauteur de ce qu'ils ont à offrir.

Ce n'est pas qu'une question de technologie

Soyons honnêtes : il serait trop simple de dire « il suffit de digitaliser ». La digitalisation, sans base solide derrière, ne résout rien — un site web ne compense pas une route en mauvais état, et une application ne remplace pas la formation des acteurs locaux.
Le vrai enjeu est celui de la coordination. Le secteur touristique camerounais est aujourd'hui une addition d'initiatives isolées : chaque acteur (hôtel, agence, guide, parc, association) avance de son côté, avec ses propres outils, ou souvent sans outils du tout. Il manque un fil conducteur qui relie l'offre existante à une demande qui, elle, est bien réelle : les Camerounais voyagent, la diaspora rêve de redécouvrir son pays, et les visiteurs internationaux cherchent des destinations authentiques loin des sentiers battus.

C'est là que le numérique change tout — non pas comme gadget, mais comme infrastructure de confiance : un endroit où l'information est fiable, où la réservation est simple, et où chaque acteur, même le plus petit, peut exister aux yeux du voyageur.

Le rôle que MyTravelr veut jouer

MyTravelr ne se positionne pas en donneur de leçons face à un secteur qui, on l'a vu, progresse — la volonté politique existe, le budget suit, la réflexion aussi. Mais la construction d'un écosystème touristique numérique solide ne se fera pas en un jour, ni depuis un seul acteur.


Notre conviction est simple : structurer le tourisme local commence par connecter ceux qui l'animent — hébergeurs, guides, transporteurs, sites naturels et culturels — à des outils simples, accessibles même sans smartphone dernier cri (le SMS et WhatsApp restent des canaux essentiels dans plusieurs régions), et à des voyageurs qui n'attendent qu'une chose : qu'on leur facilite la découverte d'un pays qui a, objectivement, tout pour plaire.

Le potentiel touristique du Cameroun n'est plus à démontrer. Ce qui reste à construire, c'est le pont entre ce potentiel et celui qui voudrait en profiter — qu'il vienne de Douala, de la diaspora, ou de l'autre bout du monde.

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